Peintures du réfectoire de l'hôtel-Dieu de Coutances

 

La fondation de l'hôtel-Dieu de Coutances remonte au XIIIe siècle. L'ensemble des bâtiments anciens qui subsiste aujour­d'hui s'étend chronologiquement du Moyen Age jusqu'au XVIIIe siècle. Il comprend l'ancienne maison du receveur (XIIIe siècle ?), le clocher de l'ancienne église (fin du XVe siècle), le bâtiment des malades (XVIIe siècle), la chapelle des reli­gieuses (fin du XVIIe siècle) et enfin les bâtiments longeant la rue de Morville (milieu du XVIIIe siècle).

 

Les peintures murales sont situées dans le réfec­toire des religieuses, installé au rez-de-chaussée du bâtiment des malades. Celui-ci est un édifice élevé par les religieuses augustines dans les années 1658. Autour d'une cour, le bâtiment comprend deux ailes en équerre, avec galerie de cloître au rez-de-chaussée, d'apparence austère.

 

Dans son état actuel, le réfectoire conserve un mobilier qui semble dater du XVIIe siècle, mais son décor mural, quant à lui, a été complète­ment rénové au milieu du XVIIIe siècle. Il y eut en effet à cette époque d'importants travaux d'em­bellissement et d'agrandissement de l'hôtel-Dieu, à la suite du legs considérable que fit à l'établissement le coutançais François Encoignard enrichi dans le commerce en Espagne. L'actuel maître-autel de la chapelle, réalisé par Antoine Duparc vers 1755, est un des plus beaux témoi­gnages de cette campagne d'embellissements.

 

Le réfectoire des religieuses est une grande salle rectangulaire éclairée vers l'est par quatre fenêtres. La salle était autrefois plus grande : une mince cloison a été ajoutée au XIXe siècle vers le sud pour aménager un office.

 

Le décor comprend un soubassement constitué d'un lambris de chêne sobrement mouluré dans le goût du XVIIIe siècle (sur la cloison XIXe, le lambris est en bois blanc et la sculpture est plus naïve). Au dessus du lambris sont peints six cartouches : trois à l'ouest placés entre les poutres maîtresses, trois à l'est placés entre les fenêtres et sous les poutres maîtresses. Chaque cartouche est occupé par une citation tirée de l'Écriture ou des Pères de l'Église (dont saint Augustin). Ces écritures mettent en parallèle la réfection spirituelle et la restauration corporelle. Il faut remarquer d'ailleurs que, thématiquement, ces inscriptions se répon­dent deux à deux, de part et d'autre de la salle.

 

Les sentences prennent place au milieu d'un encadrement dont les motifs comprennent des coquilles, volutes, rinceaux, fleurettes symétri­quement disposés. Les couleurs utilisées sont le rose, le bleu, le jaune et le brun.

 

Le mur ouest est sommé d'une frise de rinceaux courant sous les solives, régulièrement inter­rompue, au dessus des grands cartouches, par un petit cartouche représentant un paysage naïvement traité : on y reconnaît un port, un paysage champêtre, et, plus identifiable, sans doute une vue du Mont-Saint-Michel et une autre de la ville de Coutances dominée par les tours de sa cathédrale.

 

L'ensemble de ce décor se détache aujourd'hui sur un fond blanc uni, résultat de multiples repeints qui n'ont pas épargné les cartouches. Les travaux de restauration en cours permettront d'alléger ces repeints et peut-être de retrouver d'autres cartouches dans la partie du réfectoire transformée en office au siècle dernier.

Fabrice MASSON