Brève histoire de l'hôpital de Coutances

 

 

L'Hôtel-Dieu fut fondé par l'évêque Hugues de Morville. La charte de fondation fut signée en juillet 1209. il est toujours implanté sur le terrain de l'ancien monastère de Saint Potentin signalé en l'an 610. Ce terrain cédé par Guillaume le Conquérant à l'évêque Geoffroy de Montbray est situé dans le faubourg du Pont de Soulles.

Il faisait huit vergées de terre (une vergée = 2000 m2) et était entouré de murailles. En plus de ce terrain, l'Hôtel-Dieu recevait des propriétés en ville et quelques pièces de terre à Coutances et aux environs, soit à cette époque 452 vergées, plus des rentes pour 229 livres, et des revenus en nature chaque année.

L'administration fut confiée à des moines Augustins. Le prieur et les religieux arboraient des armes : « un écu de sable à la croix double d'argent accostée de deux fleurs de lys de mesme. » Ils portaient sur leur soutane, du côté gauche, une croix blanche. Les moines devaient accueillir les pèlerins, les pauvres malades et grabataires et les enfants trouvés.

De cette époque date le bâtiment appelé « le royaume » où l'on accueillait les hôtes de passage, des salles basses voûtées en arêtes, au dessus desquelles se trouvent encore aujourd'hui les bureaux de la direction. En face se trouvait l'église dédiée à Saint Antoine, réservée aux religieux. Une autre église, ouverte aux fidèles du faubourg, était dédiée à Saint Jacques. A ce jour, seul subsiste le clocher, dit clocher de la tour Saint Jacques, de style flamboyant.

Après la guerre de 30 ans, avec les Anglais, ce furent les guerres de religion qui provoquèrent beaucoup de dégâts.

En 1643, après bien des difficultés avec les religieux qui ne remplissaient pas leurs obligations envers les malades, un évêque, Léonard de Matignon, délégua auprès d'eux des sœurs d'une congrégation qu'il fonda lui-même dans ce but, « les Augustines Hospitalières ». En 1670, les religieuses Augustines sont au nombre de 46. Pendant la révolution de 1789, toutes les congrégations durent se résigner à partir. Seules, les religieuses revinrent.

 

Autres parties anciennes : Un bâtiment dénommé bâtiment 13, construit entre 1660 et 1680, est un remarquable témoin de l'architecture ordinaire du règne de Louis XIV.

Dans cet édifice où se trouve notamment le réfectoire des religieuses, existent encore sur les murs des cartouches peints, encadrant des inscriptions tirées, pour la plupart, des Évangiles et de Saint Augustin. Ce décor mural date du XVIIle siècle.

 

Le colombier : Il existait au Moyen-Âge, puisqu'il est cité en 1535. il possède 400 trous. Le droit de colombier était une prérogative seigneuriale. Ce droit disparut à la révolution de 1789. En 1970 après sa restauration, il fut aménagé en salle de réunion pour le personnel.

 

La ferme : Est une construction du début du XVIIe et servait à l'origine de couvent pour les Sœurs Augustines. Plus tard, l'ensemble dénommé « la ferme » était exploité comme un établissement agricole traditionnel, et procurait la matière première des repas servis aux pensionnaires. Un pavement en forme de demi-cercle était utilisé pour le lavage des pieds des chevaux. Cet ensemble fut appelé vers 1970 « le Clos Normand » et servit d'hospice jusqu'en 1990.

 

Le moulin : Petite maison en pierres, toujours au pied de la butte qui va du boulevard Encoignard à la gare. Située à coté du ruisseau le Prépont, elle n'a plus sa roue mais le bief est toujours intact. En 1914, fut inaugurée la transformation du moulin en centrale électrique (la ville de Coutances a été électrifiée en 1926).

 

La Chapelle : Dédiée à N.D. de la victoire de Lépante, elle date de 1682. De style baroque, elle est toutefois d'une grande sobriété. A l'intérieur, on peut encore y voir des claies de bois (les Augustines étaient cloitrées). Le Maître-Autel de marbre polychrome est l'œuvre des sculpteurs Antoine et Raphaël Duparc qui exécutèrent également le splendide autel majeur de la Cathédrale.

 

Le legs Encoignard : François Encoignard, fils d’un juge Coutançais né en 1640 rue Saint- Nicolas, part en 1659 en Espagne, à Cadix, ville florissante, et fait fortune dans les étoffes. Il mourut en 1718, léguant une somme rondelette de 30 000 écus de piastres à l'Hôpital de Coutances. Après plusieurs procès entre les religieux et les religieuses, qui voulaient s'approprier le legs, un arrêt de 1726, fit des malades, les seuls dépositaires. Cette fortune permit de construire un bâtiment pour les malades, et diverses améliorations jusqu'en 1900. Le testament de François Encoignard contenait toutefois quelques clauses : « 10 000 écus de piastres pour continuer l'ouvrage et bâtiment commencé, puis 20 000 afin que le revenu se convertisse à maintenir à perpétuité 4 lits dans ledit hôpital avec intitulé lits espagnols, afin que s'il y avait ou se transportaient quelques Espagnols dans ces pays-là, qu'ils y soient logés et guéris dans lesdits lits, préférant toujours ceux-ci aux Français ou autres nations ». Cette salle fut édifiée en 1746, et existe encore ; elle se situe entre le clocher St Jacques et la chapelle Notre-Dame de la victoire de Lépante.

 

Pendant la guerre de 1914-1918, Coutances vit de nombreux bâtiments transformés en hôpitaux. Un service spécial est organisé à l'hôpital pour les blessés et les contagieux, de même qu'à l'intérieur de la communauté, car cette dernière avait été provisoirement transférée dans l'enceinte de l'hôpital. Les religieuses venaient à l'Hôtel-Dieu par une passerelle, au dessus de la rue de Morville, mise en service le 30 mai 1858 et démolie en 1973. Puis le calme revenu, on construisit en 1933 une maternité que beaucoup de Coutançais ont connue, et un service de radiologie qui fonctionna jusqu'en 1982.

 

Après les bombardements de 1944 (6, 13 et 14 juin) l'hôpital est évacué à Coutainville. Quatre cents personnes sont transférées en deux journées.

De 1944 à 1945, on installa plusieurs baraques américaines et suédoises. Ces baraques abriteront des pensionnaires jusqu'en 1977. L'une d'elles servira de pouponnière jusqu'en 1957 et enfin d'école d'infirmières jusqu'en 1979.

 

En 1968, l'hôpital acheta le presbytère de la communauté, boulevard Encoignard, pour faire le logement du directeur de l'Hôpital et, en 1969, un bâtiment, rue des Teintures, pour réaliser un poste de transfusion sanguine, un service de médecine du travail et des logements pour les internes. A cette époque, l'hôpital vendit de nombreux terrains à la ville de Coutances pour divers aménagements (stade, abattoirs, lycée agricole) et ses fermes pour financer des bâtiments neufs qui n'ont cessé de voir le jour jusqu'à maintenant, et continue de construire, rénover, moderniser.

En 1985, les sœurs Augustines cessèrent leur activité à l'hôpital après trois siècles de présence. Elles se retirèrent à Arras et à Paris, mais leur souvenir reste. Leur cimetière existe toujours, à côté du bâtiment « Les Pommiers ». Leur couvent, vendu depuis à la ville de Coutances, est devenu « Espace Hugues de Morville ».

En juin 2002, des travaux pour la construction d'un nouveau bâtiment ont permis de mettre à nouveau à jour un aqueduc qui aurait été réalisé sous le règne de Louis XIV. La conception de cette alimentation en eau (sur la colline) est du principe de celle de Versailles. Cet ouvrage n'est plus utilisé au début du XXe siècle avec l'arrivée de l'eau de la ville. En 1944, il a servi d'abri pour la population de Coutances. Plusieurs parties ont été démolies lors de travaux de construction de divers bâtiments mais 93 mètres étaient encore accessibles. Des photos et des mesures de conservation on été prises par la DRAC. Le tronçon d'aqueduc restant sera utilisé pour le passage d'un câble électrique servant à l'alimentation du nouveau bâtiment.